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Introduction à l'histoire du Tibet 

Par LHAMO KYAB NOYONTSANG, ancien député du parlement tibétain en exil, écrivain, enseignant, vice-président de lassociation Khata Karpo.

(Ce résumé en lien avec la politique du Tibet correspond à ce qui est indiqué dans le préambule de la constitution de l’administration centrale tibétaine en exil.)
 
Au cours du 2è siècle avant notre ère, le royaume tibétain fut fondé par l’empereur Nyatri, et dura jusqu’au règne de l’empereur Langdarma, dit « imberbe », au 9è siècle.
En plus d’un millénaire, quarante-trois successeurs régnèrent sur un territoire qui s’est progressivement étendu  sur l’ensemble du Tibet et ses trois provinces, l’Ü-Tsang, le Kham et l’Amdo,. Si bien que ce qu’on a appelé la dynastie de Purgyel comptait parmi les grandes puissances de l’Asie Centrale : la Chine, les empires des steppes et le Tibet étaient des états de puissance équivalente.
Suite à l’émergence d’une écriture et d’une tradition grammaticale tibétaine propre, la religion, les sciences et la civilisation se sont développées partout, le Tibet devenant la deuxième « noble terre », en référence à l’Inde, première « noble terre », terre native du Bouddha Siddhartha Gautama dont les enseignements sont à l’origine du bouddhisme.
Au cours du 9è siècle, l’empire tibétain fut morcelé et, en l’absence d’un pouvoir capable de le réunifier, chaque région fut soumise à  sa propre autorité : aucune organisation politique ne put régner sur l’ensemble du Tibet.
En 1260, le grand Drogön Chögyäl Phagpa établit la relation de maître religieux à donateur*  avec les pouvoirs du Nord, les empereurs mongols.

Les trois provinces traditionnelles furent alors à nouveau réunies sous l’égide d’un seul pouvoir politique.
Cependant, peu après, les confins du territoire ne purent plus être défendus et les dynasties Phagdru, Rinpung et des seigneurs du Tsang se succédèrent 4 siècles durant,  sans pour autant  qu’un seul de ces pouvoirs n’ait pu étendre sa loi et son pouvoir sur l’ensemble du Tibet.  Aggravée par de nombreuses dissensions internes,  cette fragmentation du pouvoir a conduit au déclin de  la puissance politique du Tibet.

En 1642, le grand 5è Dalaï-lama fonda le Ganden Phodrang, le gouvernement du Tibet. Dès lors, les différentes incarnations du Dalaï-lama ont successivement exercé, dès leur majorité, le pouvoir politique et spirituel au Tibet. Le pouvoir était relativement stable et une doctrine non-sectaire se diffusa. Les sujets tibétains purent alors jouir d’une existence libre et heureuse.

A la fin du 19è siècle et au début du 20è siècle, le Tibet fut confronté à des circonstances adverses dans les affaires politiques en général et, en particulier dans les relations diplomatiques et internationales. Ce qui a conduit le  13è Dalaï-lama, peu de temps après qu’il ait commencé à exercer le pouvoir, à quitter le Tibet pour la  Mongolie, la Chine et l’Inde. Quand il revint dans son pays, il prit conscience de la situation internationale.

Dans le même temps, la souveraineté du Tibet est proclamée dans l’urgence. Des mesures pratiques et politiques, comme l’éducation moderne et les réformes du système s’efforcent d’être mises en place et portent leurs fruits.

En 1949, débutèrent les invasions violentes de l’armée chinoise au Tibet. En 1950, lorsque la situation au Tibet devint très dangereuse, le 14ème Dalai Lama, âgé d’à peine 15 ans, reçoit la responsabilité du pouvoir. C’est sous la menace d’une répression sans cesse plus intense et plus violente du peuple tibétain par la République Populaire de Chine que le Dalai Lama et les membres du Kashag, le gouvernement tibétain,  furent contraint d’installer le gouvernement à Yadong et de signer en 1951  « l’accord en 17 points ».
Cet accord resta en vigueur durant huit années, mails il ne fut pas respecté par les autorités chinoises.

Immédiatement après son arrivée en exil à Tezpur, le 18 avril 1959, le Dalaï-lama rejeta  officiellement «  l’accord en 17 points ». Le peuple tibétain plaça sa confiance dans le Dalaï-lama et reconnu le gouvernement tibétain, le Kashag. Le Dalaï-lama, à la tête du gouvernement en exil en Inde, instaura un système démocratique et, en 1960, les représentants du peuple tibétain furent élus.  En 1963, la constitution tibétaine est officiellement proclamée.
En 1991,  le parlement devint le conseil législatif.  Après l’approbation du Dalaï-lama, le 28 juin 1991, les 11 membres de ce conseil votent  la constitution instaurant le système démocratique du gouvernement tibétain en exil.

En 2001, selon les directives du Dalaï-lama, la démocratisation du pouvoir politique s’étendit à l’élection du premier ministre. Depuis lors,  la population tibétaine en exil élit le Kalon Tripa (aussi appelé Sikyong ou premier ministre).

Dans la constitution des Tibétains en exil, il est établi qu’à sa majorité, les Dalaï-lamas prennent la responsabilité du gouvernement et sont à la tête de l’Etat. Cependant, cette coutume ancestrale  a été abolie afin d’établir une véritable démocratie qui permettra aux Tibétains de ne plus dépendre d’une seule personne. Ainsi, le 14 mars 2011, le Dalaï-lama a proclamé, devant le parlement, qu’il n’exercerait plus de pouvoir politique et de responsabilité gouvernementale et qu’à l’avenir, les dirigeants politiques et le gouvernement seraient élus par le peuple et que la constitution devait être par conséquent amendée. De ce fait, d’après la constitution, amendée par la 14è session du parlement tibétain en exil, il a été acté le 29 mai 2011 que les représentants du peuple tibétain élus exerceront  les responsabilités politiques précédemment assumées par le Dalaï-lama.
Depuis le 8 août de la même année, la politique de l’administration tibétaine en exil et ses représentants, dont le Sikyong Lobsang Sange élu démocratiquement par le peuple tibétain, font de l’administration tibétaine en exil une véritable démocratie
* La relation de maître religieux à donateur :  relation aux mutuels bénéfices entre un Lama qui prodigue ses enseignement et un donateur riche et puissant qui offre en échange des biens matériels, comme l’argent ou des objets précieux, ou un statut laïque permettant d’exercer un pouvoir temporel.

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